A propos d'une médaille d'Arthus Bertrand: l'Hostie de Carthage

 

 

médailleNous trouvons sur le site d'Arthus Bertrand, pour la modique somme de 740€, une magnifique médaille décrite de la façon suivante:

 

"Représentation d'un moule de grand pain eucharistique. Cerf figurant l'âme du chrétien assoiffé de Dieu, au milieu de ceps de vigne. (fin du III siècle début du IV siècle)."

 

Il se trouve que je connais une personne qui, ayant le moule original, m'en a donné une copie ainsi qu'une explication complète. La voici:

 

DESCRIPTION.

Le Pain Eucharistique dont la face est dessinée ci-contre, possède un diamètre de l5cm environ et une épaisseur ne dépassant guère 1cm.
Il représente un cerf de Barbarie derrière un arbre, encadré, semble-t-il, à gauche d'une grappe de raisin et à droite d'une plante céréale (blé?), le tout entouré d'une inscription circulaire sortant de la bouche du cerf et citant Notre Seigneur dans l'Evangile de st Jean (VI-51):
" + EGO SUM PANIS VIVUS QUI DE CELO DESCENDI" (Je suis le Pain Vivant descendu du Ciel).

ORIGINE

Ce beau souvenir, d'archéologie chrétienne, est la reproduction parfaite d'une Hostie de Messe au temps de Saint Augustin (Vème siècle environ). Son moule en terre cuite fut découvert en Tunisie dans les ruines d'une église près de Jébéniana (32 km au Nord-Est de Sfax) vers 1920 et offert au musée du Bardo, près de Tunis.
Ce moule comportait une Poignée permettant son utilisation répétée sur une pâte préparée à l'avance, comme un gros cachet laissant sont empreinte et sa découpe.
Il fut notamment remarqué par Jean Tommy-Martin, passionné d'antiquité chrétienne, qui contribua dès avant la guerre a en diffuser le moulage en plâtre, spécialement dans sa famille et auprès de ses amis.
Le célèbre médailleur Arthus Bertrand (Paris) en a acquit  récemment le modèle et en effectue la reproduction sous forme de médailles de différentes tailles.

HISTOIRE

Ce moule devait appartenir à une des très nombreuses communautés chrétiennes de l'Afrique Byzacène à l'époque de Saint Augustin.
Les hosties de messe étaient fabriquées avec de la pâte de farine de blé pour donner un pain azyme (sans levain) semblable à celui partagé par le Christ à la Cène, le Jeudi Saint, quand Il institua l'Eucharistie
Cette forme ronde existait dès avant le 4ème siècle (St Epiphane). Le concile de Tolède (693) confirmait que le pain devait être. "Petit (modica oblata), entier, net et fait exprès".

Au cours de la messe, quand l'assemblée des fidèles était importante, plusieurs pains étaient consacrés à la ~ois, pour être partagés ensuite entre les fidèles.
Ces pains-hosties étaient toujours marqués d'un signe chrétien distinctif qui devint généralement, par la suite, une croix ou un chrisme. Le présent exemple est exceptionnel par l'originalité et la beauté de son dessin, dont l'absence de croix s'explique par le fait que ce symbole n'était pas encore très répandu dans la chrétienté au 5ème siècle.
Cette image montre à quel degré de civilisation étaient parvenues les chrétientés d'Afrique avant l'invasion musulmane.

EXPLICATION DES SYMBOLES
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Le cerf : le psaume suivant s'applique parfaitement à l'image :
« Quemadmodum desiderat cervus ad fontes aquarum, ita desiderat anima mea ad te Deus. » (De même que le cerf aspire à la fontaine des eaux, de même mon âme aspire à Toi, mon Dieu) PS. 41-2.
Le cerf altéré est le symbole de l'âme pieuse assoiffée de la communion, car il ne faut pas séparer de ce verset, le verset suivant :
«sitivit anima mea ad Deum fortem vivum» ( Mon âme a soif du Dieu fort, du Dieu -vivant), toujours vivant dans l'Eucharistie (Présence réelle), en attendant de Le contempler face à face «quando veniam, et apparebo ante faciem Dei.»
Dans le cas présent le cerf représente aussi le Christ Lui-même (que nous devons imiter), car c'est de la bouche même du cerf que sort le premier mot « EGO » des paroles de Notre Seigneur. La petite croix qui ouvre et ferme la phrase, rappelle, si c'était nécessaire, qui est l'auteur de la phrase.
Il ne faut pas oublier non plus qu'une des dernières paroles de Jésus sur la croix a été «J'ai soif: «, quand Il aspirait à rejoindre son Père.
Sommes-nous tourmentés par cette soif et cette faim de Dieu ?  Ce désir de Dieu?
L'arbre, cet arbre signifie le voisinage de l'eau, source de vie dans le désert.
Dans l'écriture, au livre de la Genèse (II, 9) sont mentionnés l'arbre de la Science du Bien et du Mal (interdit à nos premiers parents) et l'arbre de Vie qui devait conférer à l'homme l'immortalité.
Les Pères de l'Eglise ont souvent comparé l'arbre de la Vie à l'arbre de la Croix, qui nous a rendu la vie perdue par la faute d'Adam. Jésus-Christ, qui pend à la croix, est le vrai fruit de vie, et les chrétiens le mangent dans l'Eucharistie où il est pour eux gage d'immortalité. Le bois vivant du paradis nous a donné la mort, afin que le bois mort du Calva1re nous donnât la vie. (Dictionnaire de la Bible).
Ce symbolisme était répandu depuis des siècles dans la chrétienté, puisque déjà Origène (chrétien d'Afrique, 2ème-3èmé siècle) commentant st Paul (Rom. VI,5), écrivait dans une épître aux Romains (VI) : « Le Christ qui est la vertu de Dieu, la sagesse de Dieu, est aussi l'arbre de vie, sur lequel nous devons être entés et, par un nouveau et admirable don de Dieu, la mort du Sauveur devient un arbre de vie.»
Les deux plantes : la plante qui est au dos du cerf, représente une grappe de vigne, symbole du vin (Sang du Christ). L'autre représente très vraisemblablement une plante céréale (tige de blé?) symbole du pain (Corps du Christ).
Ainsi les deux substances de l'Eucharistie seraient représentées dans cette figure, encadrant le cerf symbole du Christ.


L'inscription : « + EGO SUM PANIS VIVUS QUI DE CAELO DESCENDIT
« Je suis le Pain Vivant descendu du Ciel «. C'est la plus belle expression que l'on puisse trouver du dogme de la Présence Réelle dans l'Eucharistie, de la Transsubstantiation émouvante à retrouver après quinze siècles, et confirmant la continuité de notre Doctrine Catholique, malgré les hérésies qui sans cesse ont voulu l'attaquer sur ce point au cours de l'histoire.

TRANSSUBSTANTIATION

 

Le dogme de la Transsubstantiation s'est explicité peu à peu chez les Pères de l'Eglise qui n'ont pas laissé de signaler, dès le début l'existence d'un changement dans la substance de l'Eucharistie, et même de le qualifier. Ils n'ont cessé d'affirmer et de répéter, au nom de la Foi, que le pain n'est plus du pain, quoiqu'il paraisse encore du pain, que c'est le Corps réel du Christ. De même pour le vin et le Sang du Christ.


L'expression complète du dogme de la transsubstantiation a été fixée par l'Eglise, notamment au Concile de Trente (Sess.XII, Can.2), mais les textes des Pères de la primitive Eglise orientent déjà nettement la pensée chrétienne vers l'idée de transsubstantiation ; ils créent un langage qui porte en sa plénitude ce dogme, si bien résumé ici par l'image et l'inscription de l'hostie.

A LA SOURCE DE L'ÉGLISE

« QUEMADMODUM DESIDERAT CERVUS AD FONTES AQUARUM « « ITA DESIDERAT ANIMA MEA AD TE DEUS «

L'âme pieuse, ainsi symbolisée par le cerf dans ce beau verset du Psaume 41, est également pressée de boire à la source de l'Eglise une, sainte, catholique et apostolique, chemin vers Dieu, que les Pères de l'Eglise d'Afrique nous font connaître et aimer davantage.

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Saint Cyprien (210-258) évêque martyr de Carthage :

« Les rayons du soleil sont nombreux, mais sa lumière est unique, nombreuses sont les branches de l'arbre, mais unique le tronc vigoureux, planté sur des racines tenaces, d'une seule source viennent bien des ruisseaux, et, bien que leur multiplicité ne découle que de la surabondance des eaux, leur origine est cependant unique.
«Il en est de même de l'Église. Illuminée de la lumière du Seigneur, elle répand ses rayons dans le monde entier ; mais une est sa lumière partout diffusée, sans que l'unité de son corps en soit morcelée. Ses branches couvrent la terre entière de leur vitalité exubérante, ses ruisseaux s'épanchent au loin avec largesse, pourtant unique est la tête, unique est la source.»(De cath. Eccles. unit.-5)


EUCHARISTIE, SACREMENT DE L UNITÉ

 

" EGO SUM PANIS VIVUS QUI DE C(A)ELO DESCENDI" (Jean-VI-51)

 

Saint Cyprien:

 

" Comme de nombreux grains de blé (L'image vient de la Didaché 9.4)  réunis, moulus et mêlés ensembles deviennent un même pain, ainsi devons-nous savoir que nous sommes un seul corps dans le Christ qui est le pain céleste."(Epist.63-13-4)

 

Saint Augustin (354-430) évêque d'Hippône:

 

« Ce pain vous indique comment vous devez aimer l'unité. Ce pain est-il, fait d'un seul grain? N'y avait-il pas un grand nombre de grain de froment? Efforcez-vous à être vraiment le Corps du Christ... car il faut de multiples grains pour qu'il soit fait un seul pain, il faut de multiples grappes pour que coule un seul vin."

 

« O mystère de la bonté: ô signe de l'unité :
« O lien de la charité : "
" O sacramentum pietatis: O signum unitatis :
" O vinculum caritatis : »
(Tract. in Joan. XXVI)

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G
Cyprien a eu cette très belle médaille (en plaqué or!!!) pour son baptême...
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Q


Merci pour ce bel article qui nous relie aux premiers chrétiens et nous prépare à Pâques en ce début de Carême



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